L’iPad ne tuera pas ma feuille de papier
En 1997, quand je finissais mes études, les prophètes de l’époque nous prédisaient la mort du papier avec l’arrivée du numérique.
Forcé de constater que 13 ans après il n’en est rien. Nous n’avons jamais été aussi bien servis dans les gammes de papier, les techniques d’impression, les découpes, gaufrages, encres parfumées, pigmentées, etc..
Pourquoi le papier a, d’après moi, encore de très nombreuses années devant lui ?
Prenons l’exemple de la carte de visite / d’affaires.
Quand nous nous intéressons au monde de la papeterie, nous constatons le bond créatif qui s’est opéré en 10 ans !
Les cartes de visite sont plus étonnantes les unes que les autres. Les graphistes peuvent mieux s’exprimer et se permettre toute fantaisie. Découpe, forme, contre forme, gaufrage, pop-up, matériaux …
À lire ›› Better Than A Plain Ol’ Business Card
À lire ›› Beautiful Handwriting, Lettering and Calligraphy
Fin des années 90, le numérique veut tout changer, c’est la grande mode des Palms et l’on se « beame » les coordonnées. Pourtant en 2009, je n’ai jamais autant imprimé de cartes de visite. Pourquoi ce retour au support papier ?
La réponse est simple : Rien ne remplacera le contact humain, l’éveil des 5 sens de l’Homme. Le numérique en supprime 3 qui sont le toucher, l’odorat et le goût (je n’irais pas goûter mon iPhone :)) .
Lors d’une rencontre professionnelle ou pas, les premiers sens qui sont en éveil sont la vue puis le toucher et l’ouïe. Ensuite viennent l’odorat et le goût selon les situations.
Lorsque l’on présente une carte de visite, nous sollicitons la vue de la carte, le toucher du papier et l’odorat avec des encres parfumées, le goût comme présenté dans l’article de Smashing Magazine et l’ouïe parfois lors du toucher.
Si vous préférez « beamer » vos coordonnées, vous ne sollicitez que la vue.
Quand je me rappelle de certains rendez-vous, la technologie m’a fait parfois défaut. On veut se transférer les coordonnées, mais nous n’avons pas des appareils compatibles ou bien il y a un échec de transfert voire pire « plus de batteries » … des situations qui créent des tensions et qui laisserons un souvenir pas positif à mon interlocuteur : « ah, c’est avec vous que je n’avais pas réussi à beamer », ce qui revient à me dire, « ah oui, lui il n’est pas un professionnel, il ne sait pas utiliser ses outils ».
Une carte de visite, si nous n’oublions pas d’en imprimer et de les prendre, ça se glisse facilement dans son sac, c’est simple, rapide à « transférer » à vos interlocuteurs, il ne peut pas y avoir d’erreur de manipulation et surtout c’est un geste humain, on se tend la main.
Il faut bien évidemment soigner la création et la réalisation de sa carte de visite, car elle devient une extension de soi. C’est ce qui restera dans les mains de votre contact les jours, semaines et mois après votre rencontre, un bout du souvenir qu’il se fait de vous. Vous trouvez cela réducteur alors que c’est la réalité. À la vue de cette carte, votre interlocuteur se remémorera votre rencontre. En tout cas sûrement plus que s’il vous avait simplement dans son carnet d’adresses comme des centaines d’autres contacts.
Bien sûr, le souvenir peut être bon ou mauvais, mais sur ce point, le papier n’y est pour rien.
Tout commence sur papier
Dans les phases d’études, conceptualisation, maquettage, wireframe, j’enseigne qu’il faut d’abord s’obliger à les réaliser sur papier. Voir l’un de mes anciens articles : Wireframe sinon rien http://blog.carrebarre.com/2009/09/wireframe-sinon-rien/
Il existe évidemment beaucoup de tentatives technologiques comme le récent Oxford Papershow mais pourquoi vouloir nous faire apprendre de nouvelle façon d’écrire, de prendre des notes … ces technologies nous desservent souvent plus qu’elles nous servent.
J’ai lu récemment cet article ›› « Quel est le futur des news en ligne ? » En synthèse, l’auteur parle des nouveaux modèles économiques pour la presse, son passage obligatoire vers le numérique et surtout la « mort de la presse papier » au profit des appareils de type iPad d’Apple.
Je trouve cet article vraiment trop simpliste et sur le fond une mauvaise analyse, trop centré sur nous, gros consommateurs de technologies, geeks et habitants de pays « développé » (je n’aime pas ce terme).
Actuellement les 2, papier et numérique, doivent cohabiter et chacun rempli un rôle différent et complémentaire. Pourquoi vouloir à tout prix faire disparaitre le papier ? Pour des raisons écologiques ? C’est un faux débat, car avec une gestion responsable des forêts, le recyclage et l’utilisation d’encres « bio », le papier est bien moins polluant que les appareils électroniques.
Ce post pourrait encore s’étaler sur de nombreuses pages et ce n’est pas son but. J’ai juste la volonté de remettre certaines choses à leur place et ne pas oublier que nous sommes avant tout des êtres humains.
Si vous voulez savoir, j’ai d’abord écrit sur papier le squelette de cet article puis rédigé sur ordinateur. Et vous ? …
N.B. Que dire de la typographie, l’une de mes autres passions. Rien ne vaut une calligraphie originale sur papier où nous pouvons sentir les pleins et les déliés, le poids de la plume sur le papier, la réaction chimique entre l’encre et les fibres : À voir ›› Beautiful handwriting lettering and calligraphy





